mercredi 8 avril 2009

Une Ruée Vers les Ecoles Musulmanes ?


"Si l'on interdit le port du voile dans les écoles, on va précipiter les musulmans en masse vers des écoles confessionnelles". C'est l'un des arguments utilisés par le MRAX (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie) pour justifier son action contre les réglements scolaires qui, en Communauté Française de Belgique, interdisent le foulard dans l'établissement. Cet argument, nous l'avions déjà rencontré lors de la polémique qui avait entouré une pétition. Il avait été repris par Didier De Laveleye, directeur du MRAX, déclarant : "A partir du moment où certains établissements scolaires interdisent le port du voile - ce que nous condamnons - on va forcément vers l'émergence d'un réseau d'enseignement musulman."

Hier, le président du Mrax, Radouane Bouhlal, enfonçait le clou sur l'antenne de Télé-Bruxelles : "Aujourd'hui, 95% des écoles interdisent le foulard à l'école. Vous croyez qu'il va se passer quoi ? A un moment donné, les musulmanes en auront assez et vont créer des écoles musulmanes et on va se retrouver avec ce modèle de société là".
Evidemment, l'argument impressionne. Quand on y regarde de plus près, on doit pourtant se poser une question : pourquoi, sous prétexte que certaines écoles privées se livreraient à certaines pratiques, devrait-on appliquer celles-ci dans l'école publique ? Les partis démocratiques doivent-ils se lancer dans le racisme sous prétexte de ne pas en laisser le monopole à l'extrême-droite ?
En plus - nous y reviendrons - la communauté musulmane de Belgique ne prend pas le chemin d'écoles vouées à sa religion. Si certaines élèves ont été retirées d'écoles publiques, elles ont été acceptées dans des écoles chrétiennes ... où l'on admet le port de symboles religieux.

Des Chiffres

Cet argument-chantage, "vous allez les envoyer vers des écoles islamiques", ne date pas d'aujourd'hui. La querelle autour du foulard et du voile a suscité en France beaucoup plus d'émoi encore qu'en Belgique. Là, c'est une loi (non des réglements variables d'une école à l'autre) qui interdit le port des signes religieux à l’école publique. Elle date de 2003. Alors ? Les écoles musulmanes ont-elles poussé comme des champignons après la pluie ?
Non.
Selon des chiffres publiés en 2008, l'enseignement privé confessionnel français comptait alors 8000 écoles catholiques (deux millions d'élèves), 256 écoles juives (30.000 élèves) et ... 3 établissements musulmans (aujourd'hui 4) totalisant 400 élèves. (Sources : Revue Enseignement Catholique n°310, Fonds social juif unifié, Revue Le Monde de l’éducation 01/2008). Ainsi, le quotidien algérien El Watan notait en 2007 qu'en France : "Les écoles musulmanes n’ont pas la cote malgré la loi interdisant sur le port des signes religieux à l’école publique. Seules quelques centaines d’élèves ont rejoint ces établissements. Les parents sont plus sensibles aux résultats scolaires qu’à la religiosité. (...) Les responsables du collège-lycée musulman privé, Réussite, d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) font face à un déficit financier important. (...) Les 120 élèves qui fréquentent les six classes du collège s’acquittent de 2050 euros de frais d’inscription. (...) Malgré la loi de 2003 interdisant le port des signes religieux à l’école publique, la multiplication annoncée des écoles musulmanes n’a pas eu lieu."
Bien sûr, une seule école musulmane (Medersa Taalim oul-Islam, à Saint-Denis de la Réunion) bénéficie actuellement d'un contrat d'association avec l'Etat, ce qui allège sérieusement ses charges financières, les autres n'en bénéficient pas encore (il faut entre autres fonctionner depuis cinq ans pour y avoir droit), mais on aurait pu penser qu'une levée de portefeuilles allait avoir lieu pour soutenir l'établissement d'un réseau d'écoles musulmanes ! Les appels au soutien financier, dans un pays qui compte pourtant 4 à 5 millions de musulmans (la loi française interdit les études sur l'appartenance ethnique ou religieuse des résidents), n'ont guère donné de résultat. Et un participant à un forum islamique constate d'un ton désabusé "ce que je tiens à dire c'est que la communauté musulmane en France ne se mobilise pas assez voir presque pas du tout pour impérativement ouvrir ces écoles".

Qualité Avant Tout !

Encore suffit-il de flâner un peu sur les forums Internet musulmans de France pour constater que, comme le note El Watan, au-delà des véhémentes professions de foi, bien des parents attachent en fait plus d'importance à la qualité de l'enseignement et aux résultats scolaires qu'à la religiosité. Ceux qui souhaitent un développement d'écoles musulmanes ont parfois pour premier argument : "l'ecole publique je n'en veux pas elle est a l'enseignement ce que les hlm sont au logement... c'est a dire extremement mediocre sur tout les pts de vue. j'y mettrai mon enfant le jours ou elles feront de la selection et feront leurs job...." , un avis qui n'est pas isolé.
Et le lycée musulman Al-Kindi (Décines, près de Lyon, ouvert en 2007) en tire d'ailleurs argument pour tenter de remplir ses classes, puisqu'il clame, pour attirer des élèves : " Il est en effet constaté, comme le démontrent les récentes études officielles, que l’école publique traverse une crise." . De même, le lycée Averroes (ouvert en 2003 à Lille) se présente avant tout comme " Un lycée guidé par la réussite" et souligne "Depuis sa création, le Lycée Averroès a toujours affiché sa volonté d’offrir un enseignement de qualité."
Peu de musulmans s'attendent à une floraison d'écoles musulmanes. L'un d'eux note: "Vous voulez plus de 50 écoles privée musulmane en france, si on arrive à ce resultat dans un delai de 60 à 80 ans, c'est super..." Et un autre répond : "quand on veut vraiment que ses enfants soient de bons musulmans, on a qu'a les inscrire dans de bonnes mosquées qui sont la pour ca d'ailleurs ou il y a des cours d'arabe, de coran et d'islam,
ce n'est pas en isolant que l'on apprendra mieux notre religion!!
".

Autant donc pour le fantasme d'un enseignement public auquel la "loi foulard" aurait fait perdre tout son sang au profit d'un enseignement islamique...
Mais ce coup d'oeil ne concernait que la France. Et en Belgique ?
Une seule école musulmane, installée dans la grande Mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles, est subventionnée par les pouvoirs publics. L'école Avicenne, récemment ouverte par la mosquée Al-Khalil de Molenbeek, n'est pas dans ce cas. On est loin d'un raz-de-marée ! Rappelons par ailleurs qu'il ne suffit pas d'ouvrir une école pour qu'elle soit reconnue ou subsidiée. Elle doit répondre à une série de conditions et de normes, par exemple utilisation de la langue de la région, respect des normes de l'Etat de droit, respect des données scientifiques généralement admises (oui, l'homme est le fruit d'une évolution, non, on ne peut pas à la fois diffuser le créationnisme et être reconnu...).
Voilà qui ramène à sa juste place l'argument brandi par le MRAX. Curieux argument d'ailleurs pour un pareil mouvement, puisqu'il joue sur des fantasmes caressés par l'extrême-droite !


Mots-clef : mrax, voile, islam, laïcité, écoles, conseil d'Etat, arrêt, réglements

4 commentaires:

Francois a dit…

La Turquie a interdit le port du voile dans toutes les écoles, du primaire à l'université, et on n'en fait pas un plat!
Pourtant, une majorité de la population y est de religion Musulmane...
Nos écoles ont toujours interdit le port d'un couvre-chef, et les signes ostentatoires de convictions religieuses ou politiques en leur sein. SVP, continuons!

soleil a dit…

INTERDIR, INTERDIR, INTERDIR.... Le problème est la! pourquoi ne pas essayer de comprendre pour mieux s'entendre?? Le voile sert a ne pas attiser les désirs sexuels de l'homme et à préserver la spiritualité des musulmanes. Ne cache t-on pas ce qu'il y a de plus précieux??

Lune à tics a dit…

@Soleil : Est-ce pour cela que, dans les hôpitaux de Doubaï, les patientes surprises par le passage d'un homme se cachent le visage en relevant le bas de leur chemise ? (Scène vécue par un collègue). Pauvres femmes !

Anonyme a dit…

"Le voile sert a ne pas attiser les désirs sexuels de l'homme et à préserver la spiritualité des musulmanes. Ne cache t-on pas ce qu'il y a de plus précieux??" nous dit Soleil.

Tout serait donc pour le mieux, sauf que considérer une femme comme "ce qu'il y a de plus précieux" revient ni plus ni moins à la considérer comme un objet.

Cela n'est pas compatible avec notre conception des droits et de la dignité de chacun...

Vous avez compris maintenant ?